Live*

Il est 21h35, je suis dans le salon, la télé est allumée et Lionel Fidalgo, 24 ans, de Dijon, est en train de poser une question à Ségolène Royal. Enfin… plus maintenant, le temps que je tape la phrase précèdente, et c’est Grégoire Poirel, 33 ans, de Nancy, qui pose la sienne… de question.

PPDA a bien préparé son truc. Il a une centaine de « vrais gens » devant lui mais il sait exactement les questions que chacun va poser. Quand il a décidé que c’est leur tour de parler, il les appelle gentiment par leur prénom, ils se lèvent et ils posent leur question, un peu raides, guindés ou faussement à l’aise. PPDA, il a tout appris, tout mémorisé. Il a peut-être un plan de la salle avec les questions écrites en tout petit à la place de chacun – mais ça paraît peu probable. Si ça se trouve, c’est simplement un grand professionnel. Il regroupe les questions qui se recoupent et la Ségo, elle répond à la fin.

Hop, maintenant, c’est Sylvie Habib, 44 ans (j’ai pas eu le temps de noter d’où elle est). Puis, Frédéric Lejour, 33 ans, de Créteil, et dans la foulée, Antoine Preizal, 46 ans, restaurateur au Kremlin-Bicêtre. Ouuuhh, l’Antoine, à l’évidence, il veut faire le méchant. Jusque-là, c’était plutôt bon enfant. Ils posaient tous de bonnes questions. Du moins Ségolène trouvait que c’était de bonnes questions et elle le leur disait à chaque fois, très admirative devant tant d’intelligence citoyenne (Ah… attendez, y a la Sylvie Habib de tout à l’heure qui repose une question… y vont sûrement réafficher ses coordonnées. Oui, ça y est. Elle est de Marseille, figurez-vous).

Avec l’Antoine, j’ai cru que ça allait être le quart d’heure poujadiste. Deux ou trois autres commerçants en ont remis une couche. Ils sont unanimes, ils crèvent d’envie d’embaucher plein de gens et de les payer royalement (sans jeu de mots). Seulement voilà, ils peuvent pas, ils sont étranglés par la fiscalité. Un instant, je me dis, allez, ça va friter un peu mais le soufflet retombe. Très vite. Ça ronronne. Du coup, Ségo se détend. On l’entend penser comme le type en train de tomber du cinquantième étage : « Jusque là, tout va bien ».

Pub ! Ça va lui permettre de se reposer un peu. Peut-être même de s’asseoir. Parce que c’est pas pour dire mais debout comme ça pendant deux heures, derrière un petit pupitre tout en verre transparent qui fait que t’as même pas le loisir d’avoir un geste un peu intime, genre je me gratte une fesse, ça doit pas être de la tarte. En fait, il y a bien un tabouret, mais c’est le modèle de comptoir, avec l’assise à un mètre cinquante de haut. Elle a pas pris le risque de s’y jucher et on la comprend… Avec la jupe… Du coup, je suis allé voir sur Daily Motion pour vérifier si l’autre, la semaine dernière, avait eu droit au même confort. Idem. Lui non plus ne s’est pas assis. Pas à cause de la jupe évidemment, mais de la hauteur.

Voilà. Après la pub, j’ai décroché. Je suis allé fumer. J’ai entendu de loin. Le ton n’est pas monté. Pas de colère, pas d’affrontement. Il n’y a pas eu de vraies questions vachardes. Normal, Ségolène était gentille avec tout le monde. Même les gros cons de chasseurs, elle ne leur a pas dit qu’ils sont des gros cons viandards, assassins de p’tits lapins. Qu’ils soient tranquilles, ils pourront continuer à s’adonner librement à leur loisir. On respire. Quant à la dame qui veut envoyer les gosses de pauvres -dont on sait qu’ils sont si mal à l’école- en apprentissage dès 14 ans, elle ne lui dit pas non plus qu’une vraie démocratie doit avoir pour ambition de prolonger la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans… dans un premier temps.

J’aurais bien voulu pouvoir tout consigner. Dans le style procès-verbal. Parangon d’objectivité. Comme Georges Pérec dans « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien« . Mais c’était pas jouable. Ou bien j’avais pas la motivation.

La motivation, c’est ça qui me manque le plus, des fois. Je crois. Elle, la Ségolène, elle l’a. A l’évidence. Toute la journée, j’avais entendu : « Sondage préoccupants pour l’équipe Royal. Au plus bas depuis le début de la campagne. » « Bayrou au deuxième tour ? Pourquoi pas ? » « Ce soir, l’heure de vérité ». Et là, on sentait bien que certains pensaient : « Cette fois, c’est sûr, elle va se casser la gueule. S’en relèvera pas ». Fallait vouloir y aller.

A sa place, je serais venu. Franchement. En tout cas, j’aurais été son François, j’lui aurais dit sur le coup des dix-neuf heures : « Laisse tomber. On va aller se mettre une ventrée de moules et frites chez Léon de Bruxelles, puis on se fera un ciné. Ou bien une balade en amoureux sur les bateaux-mouche du Pont-Neuf. » Et puis on serait rentré pédibus, sur le coup des minuit, un peu pompettes et morts de rire. Sur TF1, y aurait eu un moment de flottement et puis y z’auraient passé un film à la place. Pour le coup, tout le monde aurait trouvé ça vachement gonflé et demain, va savoir, elle était à quarante-cinq pour cent d’intentions de vote.

Oui, je rêve.

CowboyCowboy

* En direct de l’émission « J’ai une question à vous poser », sur TF1 – invitée : Ségolène Royal.

Cet article a été publié dans Politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s