Qui sème le vent…

Ceci n'est pas une caricature

Ceci n’est pas une caricature

Je n’étais pas d’excellente humeur ce matin et ça tombait bien. Si elle avait été bonne, elle aurait été gâchée très tôt par le premier « flash infos » de France Inter qui m’annonçait : « Ouverture ce matin du procès contre Charlie Hebdo pour la publication des caricatures de Mahomet… etc. » Bien sûr, je n’avais pas oublié cet incident mais je l’avais depuis longtemps relégué dans l’appentis tout au fond du jardin de ma mémoire où j’empile mes motifs de contrariété. Inutile de préciser que les extensions régulières du dit appentis en font aujourd’hui un ensemble architectural assez inesthétique. Je me console en pensant que cette laideur n’est rien en comparaison de ce que l’édifice abrite.

Le fait que j’apporte ici mon soutien total à Philippe Val et à l’équipe de Charlie Hebdo était certainement prévisible et n’a que peu d’importance dans un contexte où ces soutiens abondent. Le journal vient en effet de recevoir ceux de Nicolas Sarkozy, François Bayrou et François Hollande, trois pointures avec lesquelles mon pied menu ne saurait rivaliser. Cette métaphore du pied est d’autant plus pertinente que ma seule envie aujourd’hui est de ficher le mien au cul des plaignants (l’Union des Organisations Islamiques de France et la Grande Mosquée de Paris).

Qu’on ne se méprenne pas cependant. Je ne leur conteste pas le droit d’ester. Je dirais même que je le leur conseille. L’une des originalités de la démocratie est de mettre ses tribunaux au service du droit et si l’on estime le sien bafoué, la Justice, à quelques bavures près, est là pour y mettre bon ordre. Les premières réactions (en l’occurrence étonnamment tardives…) à la publication de ces caricatures avaient choisi une autre option : celle des débordements de haine (organisés) et de l’appel au meurtre. La démarche de l’UOIF et de la GMP est plus conforme aux traditions indigènes du pays dans lequel elles officient.

Alors pourquoi, m’opposera-t-on, vouloir botter le cul des plaignants qui représentent des organisations respectées, qui incarnent ce qu’il est d’usage de désigner sous l’expression « islam modéré » et à qui tu reconnais toi-même le droit de poursuivre ?

Pour une raison simple. Qui tient en un court extrait du livre du prophète Osée (chapitre 8, 7) et qui est devenu un proverbe : « Qui sème le vent récolte la tempête ». C’est en effet en ces termes que M. Dalil Boubaker, Recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil Français du Culte Musulman, avait réagi au moment même où les flammes léchaient les murs de l’ambassade du Danemark à Damas. Maladresse ? Dérapage ? Incontinence verbale ? Déformation professionnelle entraînant une référence instinctive aux Ecritures ou caution involontaire ou implicite aux débordements de haine qu’il était invité à commenter. Très franchement, j’aurais tendance à n’y voir qu’une maladresse mais une mise au point rapide n’aurait pas été pour me déplaire. En tout cas, on voudra bien me reconnaître le droit de n’avoir pas perçu alors la charge de « modération » inhérente à de tels propos.

J’ai, dans ce pays, le droit d’être athée sans en faire mystère et compte bien le préserver. L’histoire, l’expérience démontrent que toute concession aux extrémismes et à l’intolérance est un coin enfoncé dans les libertés et la démocratie, une preuve de faiblesse et une invitation à poser de nouvelles exigences. En déboutant d’urgence les plaignants, la Justice Française (qui mérite bien des majuscules) réaffirmera la prééminence des valeurs démocratiques et républicaines contre les pressions quotidiennes, violentes ou insidieuses des intégrismes de tout bord.

Je n’ai rien contre les religions. Je les tolère et ma tolérance est, à mon sens, un bien aussi précieux que le « respect » qu’on me demanderait parfois d’afficher. Non, désolé, je n’irai pas jusque-là. Ou alors, il faudra aussi respecter mon athéisme et permettre (voire faciliter) la diffusion de son message dans les coins les plus reculés de la planète. A ce jour, y compris dans mon propre pays, il ne s’exprime avec tact que lorsqu’on le sollicite alors que les signes et le prosélytisme religieux me visent et m’atteignent régulièrement, sans souci de froisser ma sensibilité laïque.

Tant qu’une majorité de l »humanité sera, sur la « foi » et l’interprétation de textes religieux, bafouée, humiliée, dévalorisée, méprisée, tant qu’un caricaturiste ne pourra commettre un méchant dessin sans mettre sa vie en jeu, tant qu’un philosophe ne pourra avancer (de manière argumentée) que tel texte sacré « promouvrait » une forme de violence sans devoir aussitôt se réfugier dans la clandestinité, la convocation de mon respect se heurtera à une fin de non-recevoir.

PS actualité oblige, la publication de « Panem et circenses 2 » est reportée sine die (NDLR)

CowboyCowboy

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4 commentaires pour Qui sème le vent…

  1. “Qui sème le vent récolte la tempête”

    _______________

    Cher ami

    Le hasard fait que nous traitons d’une question similaire ce même jour. Je vous prie, si le temps vous le permet, de jeter un oeil sur cette tempête qui se secoue ce petit côté-ci de l’Amérique, dans mon coin de pays.

    De Hérouxville au Haut Conseil de l’intégration de France : le parcours du combattant

    (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=18866)

    Amicalement

    Pierre R. Chantelois
    Montréal (Québec)

  2. Cowboy dit :

    Pierre,
    J’ai lu attentivement l’article que vous me conseilliez. L’objet du débat (la cohabitation avec le fait religieux) est évidemment une patate chaude et, malgré tous les détails donnés dans l’article, je ne pourrais prendre position sur la ligne politique de Hérouxville. J’aimerais d’ailleurs en connaître les motivations profondes et la couleur politique puisque d’après ce que je comprends, elle s’attaque à un problème auquel elle n’est pas confrontée. J’avoue, en tout cas, que la nécessité de rappeler, dans le cadre de la législation locale d’un pays démocratique, qu’on ne doit ni lapider ni exciser les femmes, me laisserait plutôt pantois attendu que je suis personnellement favorable à l’ingérence internationale dans les pays où ces pratiques sont tolérées. Pour ma part, tout est dit dans la formule « garantir la liberté de culte dans la sphère PRIVEE mais restreindre son exercice dans le domaine PUBLIC ». Un tel libellé devrait suffire à la paix sociale (même si, allez… je le dis… je remplacerais volontiers le verbe « restreindre » par le verbe « proscrire »).

  3. Posuto dit :

    En tout cas, la bonne idée c’est les « discours » communs de Sarko-Hollando-Bayro. Une Sainte-Alliance (comme dirait le schpountz).

  4. Don Jerry Can dit :

    Hep, au fait, vous écrivez : “On sait toujours très vite pourquoi quelqu’un fait un blog, même si l’auteur semble l’ignorer.”
    Si vous avez une idée pour ce qui me concerne, c’est pas de refus, parce que des fois, je me demande …
    Ben euh …. c’est à la lecture : Dit moi ce que tu écrit je te dirai ce que tu es.
    Ton bloc-note est dense et juste.

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