D’incolores idées vertes dorment furieusement

Je sais, cette phrase n’a strictement aucun sens. Elle est à l’image de ce billet. Elle en est le titre et le résumé.

« D’incolores idées vertes dorment furieusement ». Cette phrase est de Noam Chomsky, le père de la Grammaire Générative. J’éprouve à son égard un certain attachement dans la mesure où je lui dois (en partie du moins) l’obtention avec mention d’un certificat C2 de linguistique générale. C’était en… laissons ça.

Cette phrase (ainsi que d’autres que j’ai oubliées… ce qui est bien dommage car Chomsky avait le « chic » pour trouver des exemples « choc ») permettait au linguiste américain (ah, j’avais pas dit qu’il était américain ?) de démonter l’idée reçue selon laquelle il y aurait une relation entre grammaticalité et sens (ou du moins « signification » pour les puristes). Ainsi démontrait-il que des énoncés syntaxiquement irréprochables étaient totalement dépourvus de sens alors qu’à l’inverse, des phrases bancales, fautives étaient porteuses d’une charge sémantique forte. Vous me direz que ce n’est pas une révélation, que la démonstration ne casse pas trois pattes à un canard ou qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat (je sens que Posuto va vouloir connaître l’origine de ces deux expressions) et je vous le concèderai sans discuter. Il n’en demeure pas moins que l’étudiant que j’étais avait dû, avant d’énoncer ce truisme le jour de l’oral, se taper les 500 pages de « l’introduction à la grammaire générative » de Nicolas Ruwet et décoder, dans la langue d’origine, quelques articles pas piqués des hannetons de Chomsky lui-même.

Mais mon propos n’est pas là. Loin de moi l’intention de vous faire un cours de linguistique d’autant plus que la grammaire générative a, depuis longtemps, du plomb dans l’aile. La linguistique de l’énonciation, puis la pragmatique -de toute beauté également- sont passées par là et ont mis au rancard maints concepts chomskiens (lequel Chomsky a lui-même, et plus récemment, déconné à plein tubes sur des dossiers plus politiques à tel point qu’un texte de sa main a pu être utilisé en guise de préface par l’infâme négationniste Robert Faurisson). Mais disais-je, l’objet de mon propos n’est pas là. Vous ne le trouverez d’ailleurs nulle part puisque je vous avoue qu’il est d’ores et déjà atteint. Je m’explique…

Comme vous avez pu le constater, notre équipe rédactionnelle s’est enrichie depuis quelques jours d’une nouvelle collaboratrice d’outre-Atlantique. Ce renfort –outre qu’il est de grande qualité– intervient à point pour soulager votre serviteur (c’est bien comme ça qu’on dit ?) qu’un billet quotidien aurait rapidement mis sur les genoux. C’est ainsi que nous avons arrêté, lors de notre dernier Conseil d’Administration en date de pas plus tard qu’hier, le principe d’une alternance chroniqueuse. Je n’y ai vu, de prime abord qu’une saine émulation mais ce mode de fonctionnement a très vite révélé son vrai visage d’âpre concurrence (on sait d’où vient le libéralisme sauvage) et Comtesse (tel est son nom de plume) m’avait déjà envoyé son billet du 7 janvier que je n’avais pas encore pensé une ligne de celui qui m’incombait aujourd’hui.

C’était il y a vingt minutes. Et je sais que depuis, elle est en train de piaffer sur Skype, à attendre que je me connecte pour lui dire tout le bien que je pense de sa prose, tout en rafraîchissant régulièrement la page d’accueil de « the Cowboy and the Comtesse » dans l’espoir d’y voir s’afficher ma chronique du jour. Disons-le tout net, j’étais dans la panade. Comment, par quelle subtile interconnexion de mes réseaux synaptiques, ces « incolores idées vertes qui dormaient furieusement » en moi me sont-elles remontées à la conscience, je serais infoutu de le dire. Je m’en suis, nonobstant, emparé. Je savais qu’elles ne me mèneraient pas loin et je ne suis pas déçu. Maintenant, sachez ceci : Comtesse maîtrise à peu près aussi bien le français que son président sa politique étrangère. Lorsque dans quelques secondes, elle rafraîchira pour la énième fois cette p… de page d’accueil et qu’elle verra s’afficher ces 694 mots (titre non compris), elle en sera sur le cul. Que le contenu soit d’une indigence crasse n’a aucune importance, elle n’y entravera que couic. J’aurai sauvé l’honneur de la France et ça n’est pas rien. Ouf !

cowboy2Cowboy

PS Je vous traduirais volontiers le chomskien énoncé mais ça lui mettrait la puce à l’oreille, à l’autre. Une autre fois, peut-être.

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3 commentaires pour D’incolores idées vertes dorment furieusement

  1. Comtesse dit :

    Insulte moi!!
    J’ai plus d’intelligence dans mon petit doigt que arbuste a dans sa tête. 🙂

  2. Cowboy dit :

    Au cas où le commentaire précédent paraîtrait ambigu (et confirmerait mes insinuations à l’égard du français de Comtesse), je rappelle qu’arbuste se dit en anglais « shrub » ou… BUSH ! 🙂

  3. Cowboy dit :

    Au fait « d’incolores idées vertes dorment furieusement », ça donnait :

    « Colorless green ideas sleep furiously »

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