Lundi 32 décembre 2006…

Comme dirait Diana M (alias « Comtesse », ma meilleure et unique amie du Kentucky), « That was a near thing ». Pour ceux qui ne comprendraient pas l’anglois, ça veut dire quelque chose comme « Il s’en est fallu d’un cheveu ». Oui, certes, on peut estimer (sans en être encore tout à fait sûr à l’heure où je mets sous presse) que 2007 est passé(e). Seulement ça n’a pas été sans mal et si l’on ne peut pas encore parler de succès pour le FONA*, on ne saurait non plus parler d’échec. Y a pas à barguigner, 2007 a senti le vent du boulet et qu’il (ou elle) se le tienne pour dit. Si la tendance se confirme, 2008 peut aller se rhabiller.

Hier soir, on était tous à table. Cette année, ça se passait chez nous. Il y avait Joëlle et Jean-François, Jean-Marie et Babette, Francis et Chantal, Ruslan et Véra, Jean-Pierre, le seul célibataire du groupe, F. et moi. Laurent et Isabelle étaient excusés. On était onze. Laissez-moi recompter voir si j’oublie personne… quatre fois deux, huit et un, neuf et deux qui font onze, c’est bien ça. Je serais bien en peine de vous dire quelle heure il était puisque tout le problème est là.

Les conversations battaient leur plein. Jean-François racontait à une Chantal éblouie ses deux années passées à Surabaya (sur l’île de Java) au service de la Coopération, Francis et Jean-Marie comparaient leurs nombres de jours de congés annuels, F. animait auprès de Babette, Véra et Joëlle un atelier improvisé de « fabrication de bougies en peaux de clémentines » et Jean-Pierre prenait des photos en gros plan avec son Nikon sur lequel il avait emboîté tant d’objectifs qu’il semblait brandir un phallus en érection. Ruslan s’était assis devant le clavier Bontempi qu’il avait apporté et jouait des airs propres à faire douter un abolitionniste de la peine capitale sur le bien-fondé de son combat. Quant à moi, je laissais mes oreilles butiner d’une conversation à l’autre tout en réfléchissant à ma condition d’indécrottable « social misfit » (dixit toujours D.M. – en français, « sociopathe »).

Tout à coup, Jean-François a regardé sa montre et a lancé à la cantonade : « Bonne annééééeeee ! ».
« Oh là, tout doux, a dit Jean-Marie, il est à peine 58 ».
« Moi, je dis 55 » a opposé Francis qui s’était mis le matin même à l’heure de France Inter.
« Ah ça, est intervenu Jean-Pierre, je vous demande bien pardon. Je suis à l’heure du Campanile de la gare et il est minuit passé. »
Tout le monde s’est bien foutu de sa gueule en disant qu’il ne faut pas prendre le train souvent pour ignorer que l’horloge de la gare a toujours trois ou quatre minutes d’avance, voire davantage. La SNCF a effectivement une politique horaire bien à elle qui consiste, entre autres, à avancer toutes ses pendules afin de faire se magner les éventuels retardataires.
J’ai regardé ma montre. Je disais moins dix mais j’ai préféré, par tact, ne pas ajouter à la confusion générale (d’autant plus que mon téléphone affichait minuit cinq).
En désespoir de cause, Jean-Marie est allé chercher, dans sa veste, son Palm qui donne, soit-disant, l’heure satellitaire. N’empêche que personne n’était plus sûr de rien.
Il y a eu un moment de flottement. On s’est regardé. Chacun savait ce que pensaient les autres. Les quatre lettres FONA étaient dans tous les yeux. Je ne sais plus qui a dit : « Putain, ils ont gagné ! » On a ri et on s’est quand même souhaité une bonne année… 2006 ont ajouté les plus mutins d’entre nous. La soirée a continué. On n’en a plus reparlé.

Troublant tout de même, non ? Mais ce n’est encore rien. Attendez pour voir…

Ce matin, je me suis levé, comme d’habitude, quoique légèrement -comme on dit chez nous- « ensuqué » (je sais qu’il existe d’autres expressions, plus imagées, pour décrire cet état, mais je préfère la nôtre). J’ai enfilé un peignoir et suis descendu dans la cuisine, précédant de peu F. J’ai fait réchauffer un peu de café d’hier soir et je me suis installé à ma place habituelle. J’ai commencé à tartiner. Parfaitement serein. F. a préparé son thé et, pendant qu’il infusait, elle a actionné l’interrupteur qui commande le volet électrique de la cuisine. Bref, un matin comme les autres. En apparence…

En apparence seulement… car à peine la base du volet atteignait-elle l’arête supérieure sur laquelle elle vient buter que j’ai pris le soleil en pleine poire !!! Si, si. En pleine poire ! Or la fenêtre est orientée plein sud !!!!! J’avais beau être encore dans cet état transitoire qui suit le lever, j’étais tout de même capable de me souvenir que le soleil se lève toujours à l’est et jamais au sud, bon sang ! J’ai aussitôt repensé à l’incident de la minuit et me suis dit que, décidément, « y a quelque chose qui déconne ». J’ai hésité à regarder ma montre. Elle affichait… 13h45. Oui, oui, vous avez bien lu… 13h45 (deux heures moins le quart, quoi !!!). Or là encore, je savais bien que jamais, au grand jamais, je ne prends mon petit déjeuner à 13h45 !!!! Avouez que ça fait quand même un paquet de coïncidences, non ? On était en plein Kafka. F. a fait redescendre un peu le volet et s’est mise à table. On a essayé de parler d’autre chose mais nos voix sonnaient faux.

Depuis, on attend. On va bien voir. En tout cas, et dans le meilleur des, qu’on vienne pas me dire qu’il ne s’est rien passé, que le temps n’a pas vacillé sur ses bases. M’est avis même qu’il a eu chaud au cul. A plus intérêt à faire le mariole ! Rendez-vous le 31 décembre pour lui donner le coup de grâce.

CowboyCowboy

* FONA : Front d’Opposition à la Nouvelle Année (cf. article du 30/12/06… évidemment si on suit pas…)

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