Oui, bon, vous l’aurez voulu. Mais c’est vraiment histoire de tirer votre fil RSS. Rien de plus. Franchement, si j’étais vous, je n’irais pas plus loin. Je vous le dis “très cash, on va pas se la jouer”, vous perdez votre temps.
(…)
Z’êtes encore là ? OK. j’ai prévenu. Faudra pas venir se plaindre après.
Si je n’ai rien publié depuis le 23 septembre, c’est que je n’ai strictement rien à dire et puis c’est marre. D’ailleurs, c’aurait été rudement bien de finir sur le mime, de disparaître à l’horizon de votre oubli, tout au bout de l’interminable point de suspension que ma paresse m’avait inspiré, presque autant que mon sens de l’hommage ad hoc. Me vautrer définitivement dans le silence de “Bip”, ça aurait eu de la gueule, non ?
Je sais, je n’en suis pas à mon coup d’essai. Les réguliers de cet espace n’ont pas oublié que ce n’est pas ma première tentative d’autolyse. La précédente était tout aussi foireuse. Faute de talent, je n’ai pas su rompre avec éclat, partir d’un coup comme “le piéton de Berlin”. J’ai opté pour une lente et pathétique agonie, avec des phases de rémission où j’émets des formes d’aboiements, de grognements, d’éructations qui suscitent applaudissements ou compassion. Par habitude. Je bouge une oreille, je laisse échapper un râle et les statistiques partent en flèche. Et cabot comme je suis, je m’en contente et me rengorge comme un “vieux beau”. Henri Salvador me le disait l’autre jour : “Ça te jouera des tours, faut savoir s’arrêter à temps”.
Mais pensez donc ! Il suffit que Titania me réclame du bout du pointillé, que Pierre fasse valoir son droit opposable à l’Ennui (merci), que Totem proclame que ce blog ne vit plus que de commentaires, qu’Expat’à pattes croie avoir acquis -au fil de mon silence prolongé- la certitude que j’étais Jacques Martin et que Michèle soupçonne un AVC qui m’aurait laissé aphasique pour que j’accoure et fasse le beau.
Que les autres n’en prennent pas ombrage, mais de toutes ces réactions, c’est le diagnostic de Michèle qui m’a le plus secoué. Je voudrais la rassurer en priorité. Mon élocution est irréprochable, je reconnais mes proches, je ne fais pas encore sous moi et me souviens généralement de l’endroit où j’ai garé la voiture sur le parking du Champion (même si là, je triche un peu en la mettant toujours à proximité du parc à caddies).
Maintenant, c’est vrai, encore une fois, je n’ai pas l’humeur blogueuse. Mais de là à me taire tout à fait, y a une marge. Je tiens encore à cet espace. C’est un peu comme le palier d’un immeuble. Où l’on peut sortir pousser une gueulante de temps en temps. Pour se rappeler à l’attention des voisins, pour leur dire “retenez-moi ou je fais un malheur” avant de rentrer, apaisé, regarder la Star Ac’. Ça change rien mais ça soulage. Je veux me préserver cette possibilité. Pour le reste, ma foi…
Tiens !… A supposer que je veuille bloguer. Là, ici et maintenant. Je parlerais de quoi ?
“La lettre aux éducateurs” ? les retraites ? la Fonction Publique ? la défiscalisation des heures sup’ ? la saga des Grenelle (de l’environnement, de l’insertion maintenant, qui dit mieux ?) ? le test ADN trieur de nègres ? le “travailler-plus-pour-qu’ils-gagnent-plus” ? la Birmanie (Myanmar pour les intimes) ? le retour de Jupé ? la libéralisation du courrier prévue pour 2011 ? le délit d’initiés avéré dans la vente des titres d’EADS ? etc. Le grand sac de l’actualité est plein jusqu’à la gueule. Franchement, je me tâte.
Ams, tram, gram, pic et pic et colégram, bour et bour et ratatam, ams, tram, gram… le “Travail plusse” !. Allez, banco !
Oui, je sais que ça a fait beaucoup gloser, ce slogan : “travailler plus pour gagner plus”. Pourtant je ne suis pas certain qu’on en ait tiré la substantifique moelle. Pas sûr qu’on en ait extirpé tout le jus. C’est vrai quoi. “Travailler plus pour gagner plus”, il faut se le dire et se le répéter pour bien s’en imprégner l’éponge cérébrale. Il faut questionner le concept derrière. Ça veut dire quoi au juste ? Et d’abord, ça s’adresse à qui ? Pour quelle(s) raison(s) ?
Et hop, vous voyez la technique ? Il suffit d’élargir légèrement le questionnement pour que l’horizon se dégage, pour que le ciel de notre entendement s’éclaircisse. Quand on achoppe sur une question, il faut en poser une autre. Toujours. Essayez pour voir. Ça marche à tous les coups. Ainsi là, à la question “ça s’adresse à qui ?”, on répond, du tac au tac et sans l’ombre d’un doute : ça ne s’adresse pas à tout le monde. On avance. Ça ne s’adresse pas à ceux qui gagne beaucoup, par exemple. Prenez DSK : 495000 dollars annuels nets d’impôt (+ avantages divers). Je ne voudrais pas m’avancer mais je doute que le credo sarkozien ait beaucoup de prise sur sa motivation et sa force de travail. Travailler plus, pour lui, c’est courir le risque de se déformer un peu plus les poches. Non, “travailler plus pour gagner plus”, ça s’adresse à ceux qui ne gagnent… PAS ASSEZ ! Bingo, c’est dit. Mais bon Dieu mais c’est bien sûr !!!! Dire “il faut travailler plus pour gagner plus”, c’est reconnaître, implicitement, qu’il y a des gens qui ne gagnent pas assez. C’est cela que ça veut dire. Non ?
Et donc, quand Sarko dit “il faut travailler plus pour gagner plus”, on sent bien que ça le chagrine, tous ces gens qui ont du mal à joindre les deux bouts. Il ne le dit pas tout de go, il prend sur lui, mais il en est marri. Il veut faire quelque chose pour ces malheureux. Mais quoi ?
Bien sûr la logique voudrait qu’on augmentât leurs salaires. C’est pas très mailn. Faut pas réfléchir longtemps pour trouver ça… Oui mais… la croissance ? la concurrence ? les coûts de production ? la mondialisation ? etc. Oh zut, j’avais pas pensé à tout ça (c’est une chance que je n’aie pas de responsabilités… les boulettes que je ferais…). Donc, très vite on aboutit à la seule solution recevable, la seule, l’unique logique possible : la logique libérale. TINA (Rappel : There Is No Alternative) ! Il faut TRA-VAIL-LER plus ! D’accord, tu gagnes peu, très peu même, mais si tu travailles plus, si tu travailles beaucoup, tu gagneras… “davantage peu” et, l’un dans l’autre, tu verras la différence… Un peu.
Mais ce n’est pas tout. Il y a, à mon avis, une autre raison à ce slogan. Une raison plus subtile, une raison presque inconsciente. Quoique… Pendant que tu travailles, tu fais rien d’autre. Tu n’échanges pas de balivernes avec le voisin, tu lis pas de livres, le soir, tu vas pas au cinéma, au théâtre ou au concert. Parce que tu es trop fatigué et que tu recommences tôt le lendemain. Et puis pendant que tu travailles, tu penses pas à autre chose, sinon les mâchoires de la machine, elles se referment sur ta paluche fatiguée. Bref, pendant que tu travailles, tu fais pas chier le monde.
On dit que “l’oisiveté est mère de tous les vices”, ce n’est pas par hasard. C’est le résultat de toute la sagesse du monde accumulée au cours des siècles. Dès que t’as rien à faire, ça rate pas, tu rêvasses, tu songes, tu gamberges, tu te grattes la tête, tu imagines, tu réfléchis, tu t’interroges, tu médites, tu te poses des questions difficiles (de celles qui commencent par “pourquoi”), parfois même il te vient des idées… “or les idées, ça fait penser, et les pensées, ça fait gueuler” (comme disait Léo).
Et ça, c’est pas bon. Si t’exerces ta pensée un tant soit peu sur tous les sujets ci-dessus entassés dans le grand cabas de l’actualité, tu risques te retrouver dans la rue comme de rien. Et d’ici à ce que t’ailles recréer les Soviets, y a pas loin. Mais là, franchement, autant j’étais pas chaud la dernière fois, autant aujourd’hui, j’en serai volontiers.
Cowboy

13 commentaires
5 octobre, 2007 à 16:44
Merci Cowboy.
(ça ressemble moyen à ce que je veux exprimer ce commentaire)
MERCI COWBOY !!!!!!!
Moi je trouve ça phénoménal, à vouloir photocopier cette prose pour la distribuer sur les marchés, à la sortie des usines, dans les boîtes aux lettres de ma rue et tout et tout et tout .
Alors je redis : MERCI COWBOY !!!!
(c’est pas pour insinuer que vous êtes vieux et sourd, hein, c’est pour marquer mon enthousiasme)
Kiki
5 octobre, 2007 à 18:54
Monsieur Cow boy, vous ne seriez pas un étranger-sans-papiers, des fois ? Avec un nom pareil ?
Parce que vous comprenez, même si ce n’est pas dit franchement-carrément il me semble que vous suggérez aux gens qu’ils pourraient réfléchir. Et ça c’est tout à fait subversif, Monsieur, je dirai même, révolutionnaire !
Alors, vous comprenez, si vous venez d’ailleurs pour révolutionner, je vais de ce pas vous signaler ! On va vous trouver une petite place dans les quotas !
(Blague à part, j’ai vraiment apprécié ce billet).
5 octobre, 2007 à 21:47
Bon, je trouve que ce blog contient beaucoup trop de compliments et de louanges qui me semblent nuire serieusement a l inspiration et a la motivation de l auteur.
Car enfin, a entendre l idolatrie de certains lecteurs qui se pament a chaque pensee un peu forte, on peut comprendre que notre garcon vacher vaguement philosophe soit un peu desoriente, et peu enclin a se surpasser.
N ayons pas peur des mots, la qualite des derniers billets est tres inegale : on passe d une note courte, drole et impertinente a une analyse en profondeur un peu lourde et indigeste, et inversement. Ou sont passes les textes impertinents, incisifs a l humour vache et l humanisme affectueux des debuts ?
Disons le : ce mauvais garcon des temps modernes n est plus a la hauteur de son talent.
Le talent est par nature exigeant et linspiration infidele.
Peut-il retrouver les deux ? A voir…
5 octobre, 2007 à 22:35
Alors là, Bob, je connais quelqu’un qui vous lira avec un tel plaisir que j’ai bien failli censurer votre commentaire.
Mais bon, d’toutes façons, j’m'en fiche, sur ce blog, y a que les commentaires des filles qui comptent. Na !
PS Ceci dit -mais surtout, ne le répétez pas-, vous n’avez pas tout à fait tort -et vous mettez… l’accent, le seul :-) sur l’essentiel.
6 octobre, 2007 à 10:10
De rien.
6 octobre, 2007 à 11:12
Trop de compliments…trop de louanges….nuisent à l’inspiration…
Vous n’êtes qu’un paltoquet, Cowboy.
Je ne vous salue pas.
(c’est quand même bien imité, non ?)
Kiki
(zut, le smiley, rhâ, je suis démasquée)
7 octobre, 2007 à 22:58
Sont jamais contents, les gens (certains, je veux dire).
Quand tu dis rien, on se plaint.
Quand tu écris, on râle.
Si tu avais hurlé de bonheur aux récentes victoires de l’équipe de rugby et ajouté “C’est trop bieng, cong!” y’en aurait eu pour réclamer des billets parlant de choses plus profondes. Alors que je sais, moi, quel amour tu portes à ce noble sport et que tu t’es autocensuré pour discourir de choses plus importantes à l’endroit de l’opinion publique!
7 octobre, 2007 à 23:22
Le match, effectivement, j’ai préféré ne pas en parler, à cause du trop pleing d’émotiong. Et de toute façon, j’étais à Cardiff et y avait pas le Wifi sur le pack de Kron’.
8 octobre, 2007 à 08:23
Y faut y que je parte deux jours qu’il me fait encore passer pour un retardataire. Mais il écrit bien, Cowboy. « Mon élocution est irréprochable, je reconnais mes proches, je ne fais pas encore sous moi et me souviens généralement de l’endroit où j’ai garé la voiture sur le parking du Champion (même si là, je triche un peu en la mettant toujours à proximité du parc à caddies) ». Je témoigne, après avoir lu, que c’est très vrai. Notre auteur revient – semble-t-il – en excellente forme. Cela dit, il n’a pas pas l’humeur blogueuse. « Dès que t’as rien à faire, ça rate pas, tu rêvasses, tu songes, tu gamberges, tu te grattes la tête, tu imagines, tu réfléchis, tu t’interroges, tu médites, tu te poses des questions difficiles (de celles qui commencent par “pourquoi”) ». Comme tout cela est bien vrai. Je réalise qu’une fois bien installé dans la retraite, c’est un monde qui bascule : peu de téléphones de tes amis (très occupés), peu de visites (trop occupés), peu de sorties (brrrr.. quelle température!), une petite marche de santé (pour se donner l’illusion qu’il y a de la vie en dehors de la bulle), qu’avoir travaillé toute une vie ne mène pas obligatoirement au nirvana dont rêve le président français. Que reste-t-il ? L’écriture. Pourquoi l’écriture ? Pour se donner une douce folie d’être utile à quelqu’un quelque part. Celui qui ne vient pas chez vous. Celle que vous n’attendez plus. Ceux – en plus grand nombre – qui – dans leur frénésie – ont oublié, parce que travailler à préparer son bonheur, sa retraite, sa vie de grand-père, de grand-mère, de vieux sage n’est plus une douce illusion. Seule l’écriture nous garde en vie et montre qu’il y a – dans une chaumière – encore une étincelle de vie.
Pierre R.
8 octobre, 2007 à 10:55
Ben j’me suis dit un peu la même chose que toi, mais en plus court :
travailler plus pour gagner plus ? mais je veux pas gagner plus !
(en plus court donc forcément en beaucoup moins profond
(est-ce que tu crois que ça veut dire que je gagne trop ?…)
8 octobre, 2007 à 18:19
Ben non, Mme de K: ça veut ptêt dire que vous êtes bien comme vous êtes, tout simplement?
8 octobre, 2007 à 19:24
Pierre,
Si l’écriture garde en vie, je crains qu’avec vous, Jeanne Calmant perde sa couronne.
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Mme de K.,
Personnellement, je suis prêt à gagner plus (tout en travaillant moins). Il me semble (parfois) que mes talents mériteraient bien une augmentation et mes besoins la réclament.
8 octobre, 2007 à 23:35
Moi j’aime bien quand votre blog est à jour.