7 juin, 2007...10:10

Pense-bête

Se rendre aux commentaires

Penser à aller voterComme ça je suis sûr d’y penser.

A quoi ?

Eh ben, à aller voter, pardi ! Vous voyez, je suis sûr que vous aviez fait comme moi. Vous n’y pensiez plus.

C’est pour ça que j’ai mis un pense-bête. L’idéal, c’est la porte du frigo. Un petit papier sous un magnet ou simplement, un post-it avec marqué dessus : “Penser à aller voter”. Moi, j’ai carrément mis la carte d’électeur (cf. photo). Pour le symbole. Le plus près possible de la poignée. Mais attention, faut pas mettre le pense-bête trop tôt non plus. Ou alors, le déplacer fréquemment. Sinon il se crée un effet d’accoutumance et le remède devient pire que le mal. Le pense-bête finit par faire partie intégrante du frigo et terminé, on n’y fait plus attention.

Parce que c’est pas pour dire mais on raterait le truc comme de rien. Vu la frénésie que ça soulève.

C’est normal. Les jeux sont faits, me dit-on. Ah bon ? Qui l’a dit ? Qui l’a décidé ? C’est mécanique. C’est logique. Ça tient au calendrier électoral, tu comprends ? C’est comme ça. On vote Guignol et après, forcément, on donne à Guignol les moyens de sa politique de Guignol. Et puis le mode de scrutin majoritaire amplifie le mouvement. Bref, faut tabler sur 400 députés UMP ou affiliés. Feu de Dieu ! C’est quoi comme ampli ?

On annonce la vague bleue. Ça sera la vague bleue. Va pour la vague bleue. Y en a qui ont dû marquer “Penser vague bleue” sur le frigo. A tous les coups. Peut pas en être autrement. La vague bleue ? Le bleu vague… C’est pas un peu le blues tout ça ? La France a le blues ? En tout cas, moi, je l’ai.

Des fois, j’en ai marre d’avoir toujours raison. Il y a des années que je répète que la conscience politique populaire n’a cessé de décliner depuis 81. L’élection de Mitterrand (que je n’ai jamais déplorée) avait été un coup dur porté à l’esprit de revendication, de contestation, à la conscience politique qui prévalait chez une majorité de mes compatriotes, en particulier les jeunes. Je rappelle que de nombreux “artistes de gauche” -des chanteurs surtout, du temps où il y avait une chanson française- ont connu, après la victoire du 10 mai, une longue traversée du désert. Béranger, Lavilliers, Henri Tachan, Léni Escudéro et tant d’autres. Ils avaient contribué, tout en la pourfendant, à mener la gauche à la victoire. Comme si, cette victoire acquise, leur message ne s’imposait plus, n’était plus d’actualité. La gauche avait gagné. Pour la première fois depuis longtemps. Ce serait la fête tous les jours. Les chars russes n’avaient finalement pas envahi Paris, mais -c’était sûr- les derniers grands patrons allaient être pendus aux réverbères et aux balcons avec les tripes des derniers curés. Ils en avaient bien profité, ils allaient rendre gorge.

Et puis, ça s’est pas fait.

Finalement, pour autant qu’il m’en souvienne, il y eut fort peu de grands patrons pendus. Personnellement, je n’eus pas à en décrocher un seul de mon balcon. On eut l’occasion d’en finir avec l’école privée, on la laissa passer. On préféra laminer le PC (conjoncture internationale aidant), on joua avec le Front National et on contribua à dissoudre les idéaux de la gauche historique dans une politique où les forces de l’argent trouvaient fort bien leur compte. Résultat : la génération Mitterrand, qui, au lieu d’écouter, faisait des boulettes avec ses crottes de nez pendant les cours d’histoire, se laissa très vite séduire par le slogan -à ses méninges doux- “la gauche, la droite, c’est kifkif bourricot”.

Plus d’conscience politique, plus d’conscience politique, comme tu y vas, mon vieux ! Tu manques pas d’air ! L’élection présidentielle de 2007 a été la preuve éclatante du contraire. On s’est pressé dans les mairies pour s’inscrire sur les listes électorales et la campagne, comme l’élection, ont été l’occasion pour la France de donner au monde une belle leçon de démocratie. 84 % de votants au premier tour, un chouïa de plus au second. Les éditorialistes du monde entier avaient les yeux rivés sur nous, béats d’admiration. Ah ces Français tout d’même !

“Tu l’as dit bouffi ! Mais conscience politique mon cul, oui !”. Qu’on me parle d’enthousiasme “Star Ac’”, mais qu’on m’emmerde pas avec le réveil des consciences. Ou alors elles sont retournées au lit le 6 mai à 20h01. On brocarde le manque de civisme des Américains qui se déplacent à 40% pour élire, à 51%, le président le plus inculte, le plus bête et méchant de tous les temps. On fait la même chose, mais en masse. C’est tout.

Au cours des cinq dernières années (je l’ai dit et redit), la précarité -pourquoi ne pas dire simplement “la misère”- a explosé dans le pays sous les coups de la droite la plus brutale et la plus arrogante. Cette même droite (qui a jeté des millions de gens dans les rues à plusieurs reprises) propose d’en remettre une couche pour une nouvelle législature. Oui, explique-t-elle, on n’a pas donné toute la mesure de notre abjection, mais si vous nous faites confiance, on vous promet de se surpasser. Applaudissements à 53%. Elle nous annonce aussitôt qu’elle va commencer par s’attaquer à la protection de santé. Elle le fait. Franchise promise… franchise tenue ! Elle nous promet, dès les législatives passées, de peaufiner la réforme des retraites. On commencera par en mettre un grand coup sur les régimes spéciaux. Oh les régimes spéciaux ! Berk ! Rendez-vous compte (mais non, mam’, tu pourras continuer à manger sans sel). Y a des feignasses, dans ce pays, qui se la coulent douce et s’en mettent plein les fouilles. On va couper tout ce qui dépasse. Au nom de la justice sociale ! Oui ! Oui ! Justice ! Justice ! hurle la foule. Je tends l’oreille, je me dis : y en a bien un qui va dire “on pourrait pas remonter les autres d’un cran plutôt que de taper sur la gueule de ceux pour qui c’est pas trop mal ?”. Penses-tu ! On en chie, mais là n’est pas le problème. Le problème est que d’autres en chient moins.

Le tour de force de la droite, sa grande réussite ont consisté à détourner l’attention du pauvre de ses vrais ennemis. Le pauvre croyait naïvement, depuis Zola, que son ennemi était le grand patron, le riche, le puissant. Les grognards de la misère croyaient pointer leurs mousquets et leurs fourches du côté de Blücher. C’était Grouchy !!! L’ennemi du travailleur pauvre, le vrai méchant, celui qui guette un moment d’inattention de sa part pour lui piquer son taf, c’est le chômeur !! L’ennemi du chômeur, c’est le paresseux RMIste. Celui du RMiste, l’immigré. Et celui de l’immigré d’hier est l’immigré d’aujourd’hui, et son ultime et monstrueux avatar… le clandestin.

Je crois, en fin de compte, que la Droite doit mon hostilité farouche au fait que je déteste la vulgarité et l’obscénité.

CowboyCowboy

10 commentaires

  • Black jeudi ?
    Mais n’empêche, je me pose une question (par rapport au système de retraite par exemple) : pourquoi le premier mouvement de Monsieur Boudu est de dire “c’est dégueulasse, l’autre il est mieux loti que moi, qu’on lui vire ses avantages”. C’est jamais “il a du bol, moi aussi, moi aussi, moi aussi je veux pareil et que tout le monde profite”. Et ça me rappelle une anecdote (lue je ne sais plus où, évidement, sinon c’est bizarre venant de ma part) de cette bonne femme jalouse sur un quai de gare qui dit “J’te foutrai tout ça en Seconde !” ‘en parlant de ceux qui voyagent en première.
    Y’a-t-il un spécialiste céans ?
    Kiki

  • Qu’est-ce que c’est que ce “binz” ? (ça s’écrit comment, Mme de K. ?) Voilà que Kiki se retrouve dans le truc “commentaires en attente de modération” ????!!!! L’a fallu que j’affronte un des “maîtres des jeux” (le coup avec le clou et le marteau) pour la libérer.
    La réponse a la question : Pourquoi M. Boudu etc. ? C’est simple. M. Boudu est un con. Et comme il se trouve toujours qq pour lui dire : “ce qu’il a, l’autre, il vous le prend” et que M. Boudu est un con… (cf. prémisse majeure du syllogisme), fatalement, ça marche.
    Personnellement -et je vous soupçonne capable de la même réaction- il m’arrive de me réjouir de la situation de l’autre, pour lui-même, sans la lui envier. Mais bon, c’est peut-être pas normal.

  • Pas d’accord sur tout, (Mitterand entre autre : j’ai déploré finalement mes votes après sa deuxième élection car sa mégalomanie a largement contribué à l’écroulement de la gauche, le règne du “moi je” a quand même pris son essor avec lui ) mais sur le fond oui : à force de s’entendre dire qu’on va se prendre une gamelle, (serait-ce une méthode Coué médiatique ?) on va y aller la tête basse dimanche. A force de ne pas être assez convaincants, on va se retrouver des con-vaincus. Désolée pour l’obscénité. De plus, l’arrogance des Sarkosystes rend difficile jusqu’aux repas de famille où il faut déposer les armes avant de passer à table sous peine de garder un poids (lourd) sur l’estomac.

  • Moi, Sarko, je lui dis merci! Enfin, on va pouvoir devenir pro-priétai- res. Voilà ! La gauche, avant, elle a rien fait pour nous. Avec mon mari, on était locataires, mais c’était jeter l’argent pas les fenêtres (et puis ça fait un peu loser, comme dit mon patron, d’être en location à notre âge,) . Alors, « on fait construire ». On “accède à la propriété”. Moi, je veux un bonheur tout simple : une petite maison, un petit jardin, un petit mari gentil et bosseur qui se lève tôt, et grâce à toutes les heures supplémentaires qu’il va faire, et moi en travaillant le dimanche, on pourra payer les traites de la maison en 30 ans. On s’arrange avec Mamy pour lui laisser les enfants le week-end. Ceux qui se plaignent de tout, ils ont qu’à se remuer les fesses aussi. Faut savoir ce qu’on veut! Quoi ? Si mon mari a un accident ? Si on divorce ? Si on n’a plus de boulot ? Pas de problèmes, on nous a fait prendre plein de contrats d’assurance qui rembourse l’emprunt et tout! Ah, ça marche pas comme ça ? On pourrait nous vendre la maison ? Ben, si on n’y arrive pas, c’est que ce sera notre faute. Zut ! Je vous quitte, là, c’est la fin de mes deux minutes de pause.

  • Le problème c’est que l’on a oublié la bonne sagesse de nos aïeux:
    Bas ton chien (ta femme, ton esclave, ton électeur,… marchent aussi) à coups de trique, et il ne te regardera qu’avec plus d’amour.
    Merci, Ô maître Sarko, de nous faire partager ta connaissance des méthodes d’autrefois!

  • JHMV, Murat,
    Savez quoi ? J’ai lu et relu vos commentaires et je me demande… mais attention, je dis bien “je me demande” si y aurait-il pas des fois un tout petit peu d’ironie dans vos propos.
    Si c’est le cas, je vous demanderai un peu de tenue, un peu de respect pour ce blog (qui se fixe de hautes exigences), pour le choix de l’électeur et la décision des urnes.
    Ah mais ! :-)

  • Camarade,
    Tu es l’honneur de la gauche et sa conscience la plus pure. Nan hé, sans déconner, y’a un peu de ça quand même cowboy. D’accord avec toi pour l’élection sans idéologie, je brâme en solitaire tel un cerf de seconde zone (…) depuis 89 pour dire “Attassion, hein, c’est pas passque l’URSS c’est fini qu’il faut jeter aux ordures les idéologies !”.
    Donc, en un mot comme en cent camarade, chapeau ! (et je ne m’en lasse toujours pas…)
    RV
    PS (si j’ose dire) que pensez-tu de la date urgentissime du prochain congrès du PS : automne 2008 ?..

  • Euh… la première phrase, RV, c’est peut-être un peu “too much”. On va finir par penser que j’arrose mon lectorat.. et certains plus que d’autres… et ça va créer des frictions. :-)

    PS pour la date du congrès du PS, euh… ben… peut-être qu’y peuvent pas avant. C’est que pour trouver une date qui satisfasse tout le monde… Pas facile. En tout cas… à mon sens, seule Ségolène Royal devrait avoir le… euh… ”choix dans la date” (oui… bon…)

  • Cowboy, en “écoutant” votre belle réponse conforme au standart républicain des dernières années, je me dis que vous avez trouvé le ton pour entrer à l’UMP. Ca tombe bien, d’autres socialistes vous ont tracé la voie. N’hésitez pas, vous aurez l’occasion de dire des propos hilarants sans que personne n’ait le droit de rire. :)
    “Je te tiens, tu me tiens par la barbichette,…”

  • Ô_õ *”plic” fait la bave sur le bureau*

    Merfi monfieur, qu’elle dit.

    (Je sais, des fois on ferait mieux de la fermer, mais on a envie de l’ouvrir quand même.)


Laisser un commentaire