Ouais, bon… pourquoi diable ai-je encore laissé entendre que j’allais poursuivre ? Plus guère envie. Tiraillé comme si souvent par une double postulation : celle de l’inutilité théâtrale de tout (qui invite au silence) et l’affirmation de Kierkegaard selon laquelle “Le plus sûr moyen de ne rien dire n’est pas de se taire mais de parler”. Alors causons…
D’abord et quoi qu’il s’ensuive, disons-le haut et clair, ni François, ni Martine, ni Arnaud, ni même Manu ou Jean-Mi, voire cette gourdasse de Ségo ne me sont farouchement antipathiques. Et si je ne prendrais jamais le risque de me faire écraser en traversant la rue pour aller leur serrer la main, il n’est pas faux non plus que la moindre évocation des exécrables, méprisables Sarko, Copé, Lefebvre et consort suffit à les parer de toutes les vertus.
Que le PS, donc, se rassure, ma voix, l’an prochain, lui est acquise. Si je ne participe pas aux primaires, c’est pour des raisons assez proches de celles qui m’éloignent de mon téléviseur aux heures de diffusion de la Star Ac’, de Secret Story ou de Koh Lanta. “Ni Koh Lanta ni Pol Lanta”, c’est ma devise. Sans doute aussi parce que j’ai avec ce genre d’évènements des relations comparables à celles que j’entretiens avec le sport. OK, si vous insistez, je veux bien regarder la finale mais ne comptez pas sur moi pour sortir de ma torpeur anti-sportive à l’occasion des huitièmes ou des quarts.
Oui, quel que soit le gagnant, je voterai pour lui (ou pour elle). A deux mains. Parce que je suis de gauche. Indécrottablement, irrémédiablement de gauche. Je l’ai dit mille fois ici, lorsque le choix électoral m’est donné, entre un économiste de haut vol, un philosophe hors pair ou un prix Nobel de droite et un dentier ou un peigne de gauche, je vote dentier ou peigne. Ça ouvre des perspectives à n’importe quel trou du cul socialiste qui briguerait –de mon vivant- la magistrature suprême.
Mon problème, que je tiens pour vertu, est que je me fiche comme d’une guigne de la trogne sur l’affiche. Je vote pour des idées et des valeurs, des idées et des valeurs au menton encore duveteux puisque à peine vieilles de deux cents ans. Des idées nées au siècle des Lumières.
Celles de droite ont le triste privilège de l’antériorité. Elles sont nées dans la grotte, dans l’ombre épaisse des forêts du monde. Elles remontent à l’époque où l’homme a été créé, à l’époque où l’instinct de survie et de préservation de l’espèce prévalaient. Les idées de droite sont vêtues de peaux de bête, elles tiennent le casse-tête à bout de bras pour te voler le feu ou le mammouth que t’as enfin réussi à foutre par terre. Les idées de droite n’ont pas changé. Celui qui, dans les grottes de Dordogne, rentrait le soir en se frappant la poitrine, en scandant son unique mot de vocabulaire “Attrrreuh !” s’appelle aujourd’hui “winner” et s’habille en Armani. Il pue sous les bras tout pareil et refoule du goulot.
Des idées à l’idéologie, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Et si l’Histoire récente en a donné des déclinaisons sinistres, effrayantes, les dictionnaires n’ont pas à rougir de la définition.
Aujourd’hui, c’est le pragmatisme qui est tendance, tendance que François Hollande semble faire sienne. Les girouettes aussi sont pragmatiques, elles s’adaptent, suivent le sens du vent. C’est ce qui me défrise (sans jeu de mots).
Finalement, on en revient toujours à cette formule de Tocqueville (qui n’était pas un bolchévique) : avoir l’ambition de sa politique ou la politique de son ambition. Les tyrans et les marchés ont la politique de leur(s) ambition(s), ils sont pragmatiques.
Je rêve d’une gauche décomplexée, qui ait enfin l’ambition de sa politique et des valeurs qui l’ont fondée.
PS oui, bon, je sais que la position de Montebourg concilie (habilement ?) pragmatisme et aspiration ou “dimension” idéologique. Et alors ? Ça ne disqualifie pas ce billet quand l’objectif prioritaire, urgent, impératif, pour toute conscience de gauche est de botter le cul à Sarko et à sa clique.
Cowboy