5 janvier, 2008
11 centimètres
11 centimètres. Non, je vous voir venir et ce n’est pas drôle. 11 centimètres n’est pas la taille du sexe présidentiel. C’est le différentiel d’altitude (homologué) entre le sommet du président Sarkozy et celui de sa nouvelle compagne -différentiel, est-il besoin de le souligner, au bénéfice de cette dernière. D’autres sources fixent la marge à 13 centimètres mais nous les tenons pour apocryphes. Nous nous en tiendrons à la fourchette basse.
D’abord, que les choses soient claires. Il n’y a aucune perfidie dans la rediffusion ici d’une information de notoriété publique et j’ai personnellement un point commun (et un seul) avec notre président : je suis d’une taille inférieure à la moyenne. Seulement chaque fois que je suis photographié au côté d’une personne mesurant 11 centimètres de plus que moi… eh ben ça se voit et cette personne paraît -que je meure sur place si je mens- plus grande que moi !!!!
Or, dans le cas de notre président -cf. clichés-, ça ne se voit pas. Jamais. Pire, il semble parfois plus grand que la belle anorexique. Comment se fait-ce ? La fonction grandirait-elle l’homme ? Je voudrais bien croire que ce fût l’amour mais j’affirme d’expérience que l’amour n’est pour rien dans l’affaire. Si tel était le cas et que l’on gagne 11 centimètres à chaque fois que son coeur bat, je sais que je pourrais aujourd’hui regarder la Tour Eiffel droit dans les yeux. Donc… c’est pas ça.
J’examine ces photos et m’interroge. Comment des photographes -même professionnels- accomplissent-ils de tels miracles ? Leur remet-on, avant les séances photos, des appareils spéciaux avec correction automatique de la hauteur présidentielle ? Les contraint-on à des cadrages particuliers dans des positions acrobatiques ? Les chirurgiens de l’Elysée auraient-ils raboté la Bruni ? Etiré le Sarko ?
Une fois encore, je me gratte “Le sinciput plaqué de hargnosités vagues Comme les floraisons lépreuses des vieux murs” et me perds en conjectures.
Je ne sais plus qui écrivait : “Comment peut-on demander à une femme maquillée : Dis-moi la vérité.”
Je me demande, pour ma part, comment je pourrais faire confiance à un homme -le premier d’entre nous qui plus est- qui s’évertue à me cacher 11 malheureux centimètres et, avec la complicité active de son entourage, à me taire ce qu’il sait que je sais !

PS message perso à B., empreint de nostalgie. Finalement, tu vois, toi et moi, c’était jouable
Hein ? Quoi ? Ça faisait plus ? Ah bon…
Addendum : j’examine, de plus près, la photo en bas, à gauche. Qu’est-ce que c’est que cette paluche, floutée, dans l’angle inférieur droit du cliché, avec son essuie-tout ? Gros plan :
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NB la présence, sur ce blog, de notre président nous conduit à inaugurer ce jour, 5 janvier 2007, une nouvelle rubrique justifiée par le nouveau style élyséen, la rubrique “Peopolitique”.
12 décembre, 2007
Polémique
Tels sont les premiers mots adressés à Mouammar Kadhafi par Nicolas Sarkozy, dès potron-minet, au premier jour de la visite en France du Guide Suprême (source INA).
Qu’après cela une polémique -montée de toutes pièces par une opposition aux abois et en panne d’idées neuves- surgisse sur la question de savoir si oui ou non notre président a évoqué les droits de l’homme avec son homologue libyen, les bras m’en tombent. En comparaison, la déclaration de Rama Yade -dont tous les médias ont fait des gorges chaudes-, c’est (pardonnez-moi l’expression mais je suis en colère)… une turlute au dirigeant libyen !
Oui, je le proclame, les propos de Nicolas Sarkozy sont sans ambiguïté, sans appel, ils sont à l’honneur de la France et il faut être de mauvaise foi ou ne pas savoir lire entre les lignes comme il est d’usage dans les échanges diplomatiques pour le nier. D’ailleurs, qui voudrait croire aux allégations d’un type qui porte des tenues excentriques et qui se teint les cheveux ? Franchement !
Hein ? Quoi ? C’est pas vrai ? Non ? Ne me dites pas que vous ne voyez pas en quoi cette saillie élyséenne est un brûlot, une véritable volée de bois vert sur l’échine du leader libyen, quasiment un casus belli ???? Non ? Vraiment ? Vous voyez pas ? Relisez-la donc… attentivement. (ou alors cliquez ici).
Cowboy
8 décembre, 2007
Chagrin d’école 5
(Suite des billets des 4, 5, 6 et 7 décembre 2007)
Ce billet voudrait/pourrait s’appeler “Pendant que mon garagiste lit Kant, Emmanuel répare ma caisse”.
Ou : “Mon cher docteur Pangloss, faut pas confondre les effets et les causes et c’est pas parce que tes lunettes te tombent pile poil sur le blair qu’il a été fait pour les recevoir”. Mais là c’était franchement long et chacun aura pu apprécier, sur ce blog, le sens du titre court -c’est pas partout pareil… mais passons.
Ça pourrait encore s’appeler “De la musique avant toute chose”, (c’est mon côté Verlaine, mais on verrait pas forcément ce que je veux dire).
Tant que t’es dans le ventre rond de maman, bien au chaud, suspendu entre deux eaux, la tête en bas, la tête en haut, tout baigne. Tous les espoirs te sont permis, tous les avenirs te sont promis. Ceux de notaire et ceux de militaire, de militant, d’intermittent, de prix Nobel ou de rebelle. Tout est possible, tout est réalisable. Tu n’es que matière molle et malléable.
D’accord, si maman se shoote au pastaga, ça peut faire du dégât, surtout les derniers mois.
Mais tout commence à l’instant de la délivrance, c’est le “top départ”. A l’instant où tu sors du tunnel, où tu pointes le blair et que tu vois dans quel monde tu es tombé(e). Si ceux qui t’attendent dehors, c’est plutôt CAC 40 ou CMU et RMI. Attention, qu’on soit bien d’accord, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté (j’entends déjà les commentaires…). CAC 40 ou CMU, ÇA NE PREFIGURE RIEN, ÇA NE PREDESTINE A RIEN, ça donne simplement le CONTEXTE. C’est tout. Ça te dit si tes futurs talents, ceux que tu vas acquérir, ceux que tu vas développer auront les moyens (financiers) de leurs ambitions. RIEN D’AUTRE.
Bon, évidemment, comme dit J., mon fils –il est trop celui-là–, si l’obstétricien(ne) ou la sage-femme fait riper le forceps et que tu gicles et t’étales d’emblée sur le carrelage, ça peut avoir des conséquences sur tes futures performances. Sinon, t’as rien à craindre, tu peux sortir tranquille, le monde est un réservoir de possibles où t’as qu’à puiser.
A partir de ce moment, c’est à toi de voir. Y en a, c’est de vraies éponges. Et d’autres sont plutôt du genre “gargouilles” ou “plumes de canard”. Très vite, le fossé se creuse. Forcément. Les éponges gonflent, gonflent, gonflent, s’alourdissent, les autres restent sveltes, sveltes, sveltes. Soit dit en passant, c’est peut-être pour cette raison que les cancres sont meilleurs en gym. Tout ce savoir dont ils ne s’encombrent pas ou dont ils se délestent, à peine transmis, en loucedé, les affinent, les allègent et ils filent comme le vent.
Mais en fait, toi, tu veux bien jouer les éponges. Les éponges, ça amuse les petits n’enfants. Tous autant qu’ils sont. Tous veulent absorber. Y posent des questions. Tous autant qu’ils sont. Y veulent tout savoir, les petits n’enfants. Tous autant qu’ils sont. Et y z’ont pas la réponse à une question que paf, y z’en posent une autre. T’as remarqué ? Faudrait être sourd pour pas remarquer. Y z’en sont soûlants les petits n’enfants. Mais attention, si y z’ont pas la réponse à leurs questions, très vite, les petits n’enfants, ils se lassent. Ils ne posent plus les questions dont ils savent qu’ils n’auront pas la réponse. Pas cons, les petits n’enfants. Pas de réponse, pas de question. C’est donnant, donnant. Sinon y jettent l’éponge. Et dès qu’ils arrêtent de poser des questions, les petits n’enfants, pas bon, pas bon.
Car c’est bien le problème avec le “grand réservoir des possibles”, il faut qu’il soit à ta portée. Pas trop haut, parce que quand t’es petit, eh ben t’es tout petit. Ou alors faut quelqu’un pour te faire la courte échelle. Mais oui, c’est ça, il faut quelqu’un. N’IMPORTE QUI MAIS QUELQU’UN. Les Izambard, c’est pour plus tard. En dernier recours. Pour la plupart, l’Ecole arrive trop tard.
Trêve d’allitérations, vous m’avez compris (oh pardon, j’ai des renvois) : “Déterminisme socioculturel”. Tout est là, point barre. L’Ecole, c’est le Service Après Vente, et vous savez comment ils sont… ça traîne.
Je le dis, je le crie, je le proclame, foin de la résilience, l’Ecole peut tout et ne peut rien. L’Ecole est là pour pour produire de l’Education, pas pour compenser les inégalités sociales. Elle essaie bien la pauvre, elle est gentille, l’Ecole, elle est mignonne, elle est généreuse, elle essaie de colmater les brèches avec ses Izambards et ses Izambardes. Mais c’est dur, c’est dur, c’est dur !
Le déterminisme socioculturel est un précoce, un lève-tôt qui fait le pet à la porte des maternités. Faut pas le prendre pour de l’inné. Evidemment, l’idée selon laquelle il y a aurait des epsilons-nés (cf. Brave New World), ça arrange quand même bien les libéraux et ça permet de faire l’impasse sur de vraies politiques sociale, économique, humaniste quoi ?
Mais bon, je me lasse. Il y a des choses tellement évidentes que le seul fait d’avoir à les énoncer est la démonstration parfaite que leur expression sera vaine. Sinon, pensez bien, on m’aurait pas attendu. Je vais arrêter de faire cliqueter le clavier. J’ai pas l’air comme ça, mais je suis triste.
Cowboy
7 décembre, 2007
Chagrin d’école 4
(Suite des billets des 4, 5 et 6 décembre 2007)
A propos, des Izambard (1) ? Quel pourcentage à l’Education Nationale ? Allez… disons 5%… en comptant les « malgré nous ».
Sachant que 12000 postes vont être supprimés, ça fait, grosso modo, une perte de 600 Izambard. Dans l’absolu, c’est pas énorme, mais imaginez 600 Rimbaud par an !!!!!! Ça fait un trou, non ?
Maintenant, vu le profil de « mes-cancres-z-à-moi », ça m’étonnerait que les Izambard d’aujourd’hui aient le rendement de ceux d’antan. M’est avis qu’il faut revoir la production à la baisse. A vue de nez, je la situerais dans une fourchette de… 200 / 300. Pas plus.
Et les autres ? Les « cancreszamoi » non rimbaldiables, les “z’élèves z’en grande difficulté”, les “z’élèves z’en extrême difficulté”, les “z’élèves z’en voie de déscolarisation”, les “z’élèves sans solution”, les ”z’élèves z’en déserrance”. Quid de ceux-là ?
Eh ben… Eh ben… faut se rendre à l’évidence… y a rien à faire. Sont pas faits pour ça, point barre. Les études, c’est pas pour tout le monde. Y en a, c’est pas leur truc, faut l’admettre. C’est comme ça. Sont pas heureux à l’école. On l’entend jusque dans les salles de profs. Ça rassure, ça excuse, ça soulage. L’acharnement pédagogique… pour certains, ça serait inhumain.
En apprentissage, allez zou ! A 14 piges ! On peut très bien vivre, être heureux sans connaître Montaigne, Descartes, Voltaire et consort, sans pleurer à l’écoute du concerto pour hautbois de Marcello, sans savoir que, dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés (euh… j’ai été obligé de vérifier sur Wikipedia), sans penser à Van Gogh en regardant un champ de blé, sans savoir que Saint-Louis est au sud de la confluence du Missouri et du Mississippi et que la longueur cumulée de ces deux fleuves dépasse 6800 km. Non ?
Après tout, vu l’insistance que met la nature à faire que les enfants ressemblent physiquement à ce point à leurs parents, ne peut-on poser comme postulat que ces ressemblances peuvent s’élargir aux fonctions supérieures. « Les chats font pas des chiens » disait ma grand-mère, et si ton dab n’est pas le couteau le plus affûté du tiroir, t’as plus de chance d’être une meule qu’une épée. Non ?
Un président en exercice a bien affirmé que certains naissaient avec le gène de la pédophilie, du suicide. Pourquoi pas le gène de la bonne humeur aussi ? ou celui du notariat, de la fraiseuse tant qu’on y est. Et donc, de la réussite scolaire !
Eh ben, non. A marche pas comme ça.
Il y a le gène des yeux bleus et de la fossette au menton, y a pas celui du con. Celui de l’accroche-cœur, pas du tableau d’honneur.
On naît libres et égaux. C’est écrit. Ah oui, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres. On connaît la chanson. Mais pourquoi ? Comment ça se passe ? A quel moment ça bascule ? Dès la lallation ? A l’instant de son articulation avec le babillage ? Plus tôt ? Plus tard ? Quand ? (…)
à suivre…
Cowboy
(1) de Georges Izambard, professeur au collège de Charleroi, qui repéra le talent d’un des ses élèves : Arthur Rimbaud.
6 décembre, 2007
Chagrin d’école 3
(suite des billets des 4 et 5 décembre 2007)
Je disais hier : “Je connais des cancres”.
Mais des cancres d’un autre genre. Pas des cancres joviaux comme Daniel Pennac. D’ailleurs, on ne les appelle plus “cancres”. “Cancre” est un label scolaire, une reconnaissance, une marque d’intégration mais c’est aussi un concept surrané, définitivement littéraire. Il n’y a plus de cancres. Selon la terminologie officielle, mes cancres à moi sont dits : “Elèves en grande difficulté”, “élèves en extrême difficulté”, “élèves en voie de déscolarisation”, “élèves sans solution”, ”élèves en déserrance”. Les appellations (AOC) changent d’année en année, au fur et à mesure des dispositifs tous plus innovants les uns que les autres pour les raccrocher au système.
Il m’est difficile, douloureux même de parler de mes cancres à moi, car à chaque mot que je trace, je les vois, je vois leur regard fuyant, je les entends -ils ne parlent pas, ils “spasment”-, je pourrais les nommer. Ils ont souvent des noms de footballeurs. Quelquefois de starlettes d’un jour, même si mes cancres à moi sont généralement des garçons. Les Bixente et les Zinedine préparent actuellement leur future vocation en maternelle et en primaire.
Mes cancres à moi ont des piercings pour dire la souffrance, des coupes “à la iroquois” pour marquer, tous ensemble, leur différence, des chaussures sans lacet, des pantalons qui tombent (sans qu’ils soient toujours conscients des signes que cette mode envoie). Ils ont des capuches et des casquettes et crachent à dix pas comme au Mexique. En classe, ils gardent volontiers leur armure matelassée, ils ne s’installent pas, ils sont en transit. Le cancre Pennac arrive à l’école en traînant des pieds, la peur ou la colère au ventre pour un exercice oublié ou bâclé, mais il arrive. A l’heure qui plus est. Mes cancres à moi viennent un jour sur deux, sur trois, disparaissent pendant des semaines, puis réapparaissent sur injonction des services sociaux ou du juge des enfants. Le cancre Pennac se réfugie dans la lecture des livres hors programme. Mes cancres à moi ont rarement de cahier, encore moins de livres. Le cancre Pennac noircit des pages et des pages de ses pensées secrètes, de ses désirs fous. Mes cancres à moi n’ont pas toujours de stylo et n’ont plus guère de désir. Les parents du cancre Pennac sont-ils convoqués par le professeur principal ? Ils accourent, fébriles. Les parents de mes cancres à moi sont injoignables.
Le cancre Pennac connaît les codes de l’école. Il peut les déchiffrer, les casser, les yeux fermés tel un perceur de coffres-forts même si, le plus souvent, il s’est procuré un double des clés. Mes cancres à moi les ignorent tous. Sans exception. Qu’on les leur donne, qu’on les leur rappelle, ils opinent, narquois, et les oublient dans la seconde.
Le cancre Pennac rit à gorge déployée, mes cancres à moi ricanent.
Mes cancres à moi et le cancre Pennac ont un point commun : ils ont besoin qu’on les aime. Mais tandis que le cancre Pennac est à l’affût du moindre sourire, du moindre clin d’oeil de l’institution pour avoir le sentiment enfin “d’en être”, mes cancres à moi n’y croient plus. Une main tendue, un mot, un geste de bienveillance à leur égard et ils sursautent, s’étonnent, se raidissent, se “braquent”. Ils voudraient dire “est-ce à moi que ce discours s’adresse ?” mais se contentent de : “Eh, j’rien fait, môa, m’sieur !” avec, dans le regard, cette question “porquoi qu’tu’m'parl’s, toi ?”
Les cancres Pennac font le bonheur des Izambard (1). Ils se reconnaissent au premier coup d’oeil et s’apprivoisent mutuellement, lentement, posément. Mes cancres à moi les épuisent. (…)
à suivre…
Cowboy
(1) de Georges Izambard, professeur au collège de Charleroi, qui repéra le talent d’un des ses élèves : Arthur Rimbaud.
5 décembre, 2007
Chagrin d’école 2
(suite du billet du 4 décembre 2007)
Que nous dit Daniel Pennac dans “Chagrin d’école” ? Qu’il était un cancre. Un cancre total, définitif, abyssal. Le désespoir de ses maîtres, la honte de ses parents, le grain de sable dans les rouages d’une fratrie de bons élèves.
Son livre est le récit douloureux de ses souvenirs de cancre. Cancre atypique, sans excuse ni raison. Issu de la bonne bourgeoisie cultivée, il bénéficiait d’un entourage attentif et attentionné. Tout le prédestinait à une scolarité exemplaire, il parvint à s’y soustraire.
Cancre résilient aussi puisqu’il devint professeur certifié de lettres en 1969, à l’âge de… 25 ans ! Cette réussite, cette victoire (somme toute rapides) sur une école source de tous ses malheurs sont rassurantes pour ne pas dire… surprenantes.
Mon problème avec le cancre Pennac est précisément qu’il est un cancre atypique. Ou plutôt littéraire. Un cancre à la Prévert, qui dit non avec la tête mais qui dit oui avec le coeur. Un cancre oxymore, un cancre qui lit des livres, un cancre qui écrit des romans en classe de troisième.
Qu’est-ce qu’un cancre ? Voici un concept à cerner.
Le cancre est un élément indissociable de l’école. Il en est le faire-valoir, la justification suprême, l’anti-modèle parfait, celui sans lequel une classe n’est plus tout à fait une classe, celui qu’on peut montrer du doigt et dont la nullité intégrale dédouane ses condisciples de leurs faiblesses ponctuelles, celui qui galvanise leurs efforts de son imperméabilité à la réussite. Il est le VRP involontaire de la cause scolaire.
Contrepartie : le cancre consacre aussi l’échec de l’école. C’est un renégat, un rebelle qui sabote les grands chantiers du maître, qui s’oppose, dans une guérilla quotidienne, à sa toute puissance à transmettre. Et si ce dernier en souffre, c’est moins par compassion que parce que le cancre lui renvoie l’image écornée de son efficacité pédagogique. La copie de l’élève est le miroir, le ruisseau limpide dans lequel le maître admire son reflet. Celle du cancre est un torrent de boue.
Avec le recul, le cancre émeut, amuse. L’école lui doit ses plus belles perles et ses plus grands éclats de rire. S’il est l’échec de l’école, il en est l’attachant échec. Car le cancre est souvent un jovial (tel était Pennac en tout cas), un mutin, un sympathique hors-la-loi, un bandit au grand coeur, un Robin des Bois qui vole aux forts en thème pour donner aux pauvres en esprit. Comment ne pas l’aimer ?
D’autant plus que le cancre est souvent promis à un bel avenir, un avenir de self-made man, d’autodidacte, de débrouillard, une débrouillardise acquise à l’école, au jour le jour, quand il fallait inventer encore et toujours -Pennac nous le dit- des excuses, des feintes, pour échapper à la punition, à la colère des maîtres, à l’ire des parents. L’esprit du cancre est toujours en alerte, il est agile, souple, vif, parce qu’il lui faut sans cesse anticiper et parer les coups. Les stratégies qu’il met en place pour brouiller et casser les codes de l’école sont formatrices. Il lui faut, quotidiennement, déployer des trésors d’intelligence, une intelligence non conventionnelle, non reconnue par l’école mais redoutablement efficace et rentable à terme.
Ainsi l’ancien cancre devient-il artiste, acteur, homme politique, écrivain ou pire… -mais c’est plus rare- enseignant ! Ecoutez les témoignages, ils abondent, de tous ces brillants esprits qui nous racontent leur passé de cancre ? Au risque de partager l’avis d’Alain Finkielkraut (dont j’échangerais volontiers cent exemplaires contre un seul Pennac), il n’est pas faux de dire que la “cancrerie” est souvent le sésame de la reconnaissance médiatique. Quelle célébrité oserait afficher en prime time un parcours scolaire lisse, exempt de tout renvoi pour indiscipline, un parcours de premier de la classe ?
Qui oserait ? C’est bien connu, l’école ne produit pas le terreau d’où jaillissent le talent, le génie. L’école dorlote les bons élèves et les tâcherons. Le vrai talentueux, le génial lui échappent, l’humilient même en ce qu’ils piétinent ses ambitions de petit fonctionnaire. Elle s’en méfie. Le talent, le génie sont à l’étroit à l’école. Ils explosent à la fin de la scolarité obligatoire (NB. aura-t-on compris que je n’en crois pas un mot ou faut-il le préciser ?).
Je ne mets pas en doute la sincérité de Daniel Pennac, la souffrance qu’il exprime. Je les respecte. Mais je connais aussi des cancres. Des cancres d’un tout autre genre. Des cancres « new age », des cancres sans « Paroles », sans Prévert, des cancres qui ne lisent pas, qui n’écrivent pas de roman en classe de troisième, qui disent non avec la tête et “nique ta mère” avec le coeur, des cancres qui ne seront pas professeurs certifiés à 25 ans. Mais… j’ai dit « billet court », je m’y tiens…
à suivre…
Cowboy
PS pour un point de vue diamétralement opposé sur le livre de Daniel Pennac consulter le blog d’Anna.
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Des nouvelles de la fronde anti-pub sur Le Monde.fr à cette adresse :
http://ossiane.blog.lemonde.fr/2007/12/05/pas
Un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur l’côté… bref, à suivre.
4 décembre, 2007
Chagrin d’école 1
Comment dire du mal de quelqu’un qu’on aime bien ?
En fait, la question est rhétorique puisque mon inestimable (et ô combien précieux) ami H. vous dirait que j’y arrive fort bien, sur une base quotidienne, et qu’il est bien placé pour l’affirmer. Mais évidemment, si vous écoutez cet imbécile !
Donc, je reprends : comment dire du mal de quelqu’un qu’on aime bien ? Ou, plus précisément : comment dire du mal du livre de quelqu’un qu’on aime bien ? Ou encore : comment dire du mal d’un livre de 305 pages dont on n’a lu que 99 ?
Sur la dernière question, la réponse sera sans appel : on peut, on doit dire du mal d’un livre dont on n’a lu qu’une seule page s’il est clairement établi que cette page est à mettre aux cabinets.
J’aime beaucoup Daniel Pennac (on y vient). “Au bonheur des Ogres”, “La fée Carabine”, “La petite marchande de prose”, “Monsieur Malaussène”, pour ne citer que quatre titres, lus il y a bien longtemps, m’avaient emballé. Le type est sympathique, plein d’humour, son écriture est jubilatoire, bref, un plaisir.
Lorsqu’il est progressivement devenu “la” référence médiatique en matière de pédagogie pétulante, nos chemins se sont un peu écartés. D’après ce que je sais, il n’en aurait pas été affecté et ne nourrirait à mon égard aucune amertume. Je crains même que ma défection de son fan club soit passée totalement inaperçue.
Or, j’ai fait la boulette. Je suis sorti de ma retraite pennacienne pour y regoûter. Sur des conseils bien intentionnés, j’ai fait l’acquisition du controversé prix Renaudot, “Chagrin d’école”. Je l’ai lu, ou plutôt (cf. § 3) j’ai commencé à le lire. J’en suis à la page 99 et tout porte à croire que je ne la tournerai pas. Un peu plus tôt dans le livre, Pennac m’a démontré -et de manière convaincante- la supériorité de l’internat sur l’externat pour le sauvetage (amer) du cancre. Il ajoutait que les meilleurs internats sont ceux où les professeurs eux-mêmes sont… pensionnaires, “disponibles à toute heure, en cas de S.O.S.” (sic page 88). Présents 24h sur 24, il peuvent ainsi assurer un accompagnement de tous les instants, instituant une forme de ce que j’appellerais le “SAPU” (Service d’Action Pédagogique d’Urgence). A quand le gyrophare pédagogique ? Je ne doute pas qu’un tel investissement de la part du corps enseignant ne se traduise, à terme, par des progrès significatifs chez le cancre ainsi entouré. Ou alors, à moi la peur ! Vous aurez compris, fines mouches, qu’à ce point du récit, il a commencé à me gonfler. C’est à la page 97 qu’il rencontre son Izambard (1) et, je le dis tout net, ça a été pour moi, le Rimbaud en trop.
J’ai des rapports privilégiés, étroits avec l’école. Le sujet m’intéresse. Malgré une longue période d’abstinence, ce que Daniel Pennac, ancien professeur, avait à en dire était de nature à convoquer mon intérêt. C’est pour cette raison que j’ai voulu lire le livre et c’est pour cette raison que je vais l’abandonner.
à suivre…
Cowboy
(1) de Georges Izambard, professeur au collège de Charleroi, qui repéra le talent d’un de ses élèves, Arthur Rimbaud.
PS “The alternative Cowboy” inaugure, avec ce nouvel espace, une nouvelle ligne éditoriale : le billet court et la chronique à épisodes. Un concept qui flattera la paresse du lecteur contingent comme celle de l’administrateur de ce blog. Sans compter qu’il permet de commenter, d’orienter le futur billet et, éventuellement, de me rabattre le caquet avant même que je sois parvenu au terme de mon propos. Bref, un modèle de démocratie participative ! Qu’est-ce qu’on dit ? Merci ? Merci qui ?
1 décembre, 2007
Crémaillère
Bon, ben on n’est pas mal ici, non ? C’est même plus grand que je croyais. Il y a peut-être un coup de peinture à donner mais y a pas le feu. Pour l’instant, je laisse au plâtre. La dernière fois où j’ai eu des audaces d’interface -je me souviens… un joli vert olive-, je me suis mis toutes les péronnelles à dos. Alors c’est peut-être pas la peine que je m’emballe. De toutes façons, comme disait Cyrano, “moi, c’est moralement que j’ai mes élégances”. En tout cas, je suis allé voir à la cave et des pots de peintures, y en a autant qu’un curé peut en bénir. Dans tous les coloris, toutes les nuances, y a de quoi faire.
Dans l’immédiat, je vais visiter un peu. Faire le tour du propriétaire, jouer avec tous les boutons. Merde… pardon… y a pas de fonction “caractères spéciaux”. Si je veux commencer une phrase par “ça” -comme ça m’arrive souvent-, je vais avoir du mal à faire la majuscule. Pas d’icône de “justification” non plus… va falloir entrer le code à chaque fois. Tableau de bord un peu spartiate…
Ah non ! Attendez ! Oui, je vous le fais en direct… Ah ben si ! Figurez-vous que j’avais vu la petite icône bizarre au bout… j’approche le curseur et ça dit “Show/hide advanced toolbar”. Génial ! Y qu’à cliquer et hop ! une dizaine de commandes supplémentaires.
Bon, faut qu’je cire mes bottes. A plus tard.
Cowboy
30 novembre, 2007
Piège à pub
Avertissement : le présent billet concerne l’ancien hébergeur de ce blog, le Monde.fr.
D’après l’oeil du Jabiru, “la prouesse de Saint Google (bandeau publicitaire importun ci-dessus) consiste à copier-coller une pub personnalisée selon la fréquence de mots clefs dans les mises en ligne des 942 clients blogueurs du Monde.fr.” (sic)
Ce billet sera donc un test. Une tentative d’épuisement des robots de Monsieur Google. Fréquence de mots ? Occurrences lexicales ? Voyons voir de quoi ils sont capables. Prêt ? 5, 4, 3, 2, 1, 0… c’est parti :
Sexe et Sanctus,
Verge et Vierge Marie,
Seigneur et cunnilingus,
Bordel et sacristie,
Notre Père et perversion,
Levrette et lévitation,
L’hostie et le berlingot,
Etole et foufoune,
Capucins et conins,
Soutane et soustingue,
Petit Jésus et bistouquette,
Confessions et coulinettes,
Deus ex masochiste,
Auréole et aréoles,
Culte et culbute,
Cénobites et shibari,
Monts de Vénus et des Oliviers,
Trichophile et infidèle,
God and gode,
Tea bagging et baptistère,
Calviniste et canivétie,
Saints, anges, hanche et seins,
Caïn, calin,
Cana, canon,
Calice et clitoris,
Triolisme et Trinité,
Oecuménisme et bukkake,
Episcopat et épectase,
Maison close et clergyman,
Yeshiva et geisha,
Stupre et stupa,
Béguinage et marivaudage,
Béni, “oui ! oui ! oh oui !”,
Edyose et diocèse,
Anathème et thélotisme,
Carème et Kama-Soutra,
Amen, Encore ! Etc.
Cowboy
